L'inutile controverse: Les
détracteurs de l'artillerie lourde en France étaient
nombreux. Leurs objections étaient les suivantes: si un gros
projectile a effectivement beaucoup
d'efficacité, il faut admettre que pour
mettre hors d'état de nuire un poste ennemi, une tranchée
abri par exemple, un petit projectile suffit. En revanche, il faudra
tirer plusieurs projectiles, à cause de la dispersion. Ainsi 5
projectiles de 10kg peuvent être bien plus efficace qu'un seul
projectile de 50kg. le nombre de coups tirés avaient donc bien
plus d'importance que leur taille. De plus dans la guerre de
mouvement telle que la concevaient alors les officiers français,
la mobilité était primordiale.
Cependant, l'état-major, informé par
les rapports du 2ème bureau, avait poussé un cri
d'alarme: face aux canons lourds allemands de portée plus longue
et échappant par leur défilement ou leur distance
à nos tirs, les 75 ne pourraient lutter, et qu'il fallait
adopter d'urgence une artillerie de campagne mobile certes, mais plus
lourde que le 75 et à tir plus long.
Un des défauts du 75 est aussi la grande tension de sa trajectoire.
Ainsi un obus à balles est peu efficace contre un personnel abrité
derrière un obstacle. De plus l'obus du 75 est peu efficace lorsqu'il
faut produire des effets de destruction trés puissants (ouvrages de fortifications conséquents).
Pour cela le capitaine
Rimailho avait fait adopté en 1904 l'obusier de 155 court
à tir rapide (CTR), merveille de mécanique, de manoeuvre
facile et relativement mobile grâce à sa
décomposition en deux voitures. Son obus est trés
puissant, et son tir courbe permet de tirer de derrière les
masques et d'atteindre des points qui seraient en angle mort pour
l'artillerie de campagne. Cet obusier était
néanmoins trop faible pour la guerre de siège et pas
assez mobile pour une utilisation en campagne.
Canon de 155 Modèle 1904 CTR (court à tir rapide) Rimailho:
il tire un obus à balles à charge arrière et un
obus explosif. les batteries comprennent 2 pièces, 12 caissons
et une voiture observatoire.
- Poids: 3200kg
- projectile 41kg
- vitesse initiale: 291m/s
- portée: 6300m
- champs de tir horizontal 5°
- champs de tir vertical: de 0° à +60°
- cadence: 6 coups/min

En action durant la grande guerre:

On songeait donc
à un obusier léger pour les corps d'armée, pouvant
suivre l'artillerie de campagne et pouvant produire des effets de
destruction et de démoralisation supérieurs à
celle-ci, ainsi qu'à un canon long à grande portée
(ci.13km) et à grande puissance, mais ayant quand même une
certaine mobilité (commission des nouveaux matériels,
octobre 1911). En attendant la sortie de ces canons lourds,
qui prendrait du temps, on songeait à transformer les anciens
matériels lourds pour augmenter leur puissance et leur
mobilité.
Pour éviter le problème
fréquent d'inefficacité des tirs de 75 sur des objectifs
défilés derrière les crêtes, on adopta
(absolument à tord) le procédé des plaquettes pour
éviter les ricochets, qui était immédiatement
applicable sans dépenses notoires. Il fut jugé si bon que
l'obusier léger de campagne fut implacablement
écarté. C'est au début de la grande guerre que ce
pis-aller fût condamné sans rémission, alors que la
solution des tirs fusant de l'obus explosif et de la cartouche à
charge réduite prouvèrent leur efficacité.
En 1913 furent adoptés le canon de 155
Long, du modèle de Bange 1877 transformé, de 12 à
13km de
portée, l'obusier de 280 donnant une solution complète au
problème du gros mortier, et le canon de 105, tout trois
créés par les établissements Schneider. Leur mise
en commande traîna malheureusement en longueur, pour des motifs
d'importance secondaires, et la guerre éclata sans que les cinq
régiments d'artillerie lourde soient convenablement
équipés de matériels modernes d'une valeur
indicutable.
Canon de 105 Long modèle13 (Scneider):
Il s'agit d'un canon à long recul organisé pour
l'exécution du tir de plein fouet. Pour la route le canon est
réuni à un avant-train, constituant ainsi une voiture
à contre-appui, traînée par six chevaux. La
munition est encartouchée, munie d'une fusée (percutante,
fusante, ou à double effet), et peut lancer des obus explosifs
ou à balles.
- Longueur de la bouche à feu: 28,4 calibres, soit 2,987m
- Longeur de la partie rayée: 22,4 calibres, soit 2,352m
- rayures: 40 à droite au pas constant de 7°10
- Poids: 2300kg
- projectile 16kg
- vitesse initiale: 555m/s
- portée: 12500m
- champs de tir horizontal 6°
- champs de tir vertical: de -5° à +37°
- cadence: 6 à 8 coups/min

Canon de 155 Court (Schneider):
Il s'agit d'un canon à long recul organisé pour
l'exécution du tir tendu, et plus spécialement du tir
plongeant. Il permet d'atteindre un objectif déterminé en
tirant avec des vitesses initiales variables suivant l'angle de chute
à obtenir. Le modèle 1915 tire une munition
encartouchée, le modèle 1917 utilise des gargousses. L'obus est muni d'une fusée (percutante,
fusante, ou à double effet), et peut lancer des obus explosifs
ou à balles. Pour la route l'affût est réuni à un avant-train.
- Longueur de la bouche à feu: 15 calibres, soit 2,332m
- Longeur de la partie rayée: 1,7644m
- rayures: 43 à droite au pas constant de 7°
- Poids: 3220kg
- projectile 43,55kg
- vitesse initiale: 450m/s
- portée: 12000m
- champs de tir horizontal 6°
- champs de tir vertical: de 0° à +42°
- cadence: 4 coups/min
Canon de 155 court modèle 1917:


Canon 155 Long GPF:
Il s'agit d'un matériel à flèches ouvertes et
à recul variable suivant l'angle de tir (réglage
automatique). La portée maximum avec l'obus ogivé est
d'environ 18600m. En position de batteries le matériel repose
sur les roues munies de cingoli tandies que les flèches sont
arc-boutées au sol par des bêches. En position de route
les flèches sont refermées, verrouillées
entre-elles et fixées sur un avant-train suspendu. L'obus est muni d'une fusée (percutante,
fusante, ou à double effet), et peut lancer des obus explosifs
ou à balles. La munition utilise des gargousses.
- Longueur de la bouche à feu: 5,915m
- Longeur de la partie rayée: 4,583m
- rayures: 48 à droite au pas constant de 6°
- Poids: 11500kg
- Encombrement en largeur en position batterie: 7,2m
- projectile 43kg
- vitesse initiale: 735m/s
- portée: 18600m
- champs de tir horizontal 60°
- champs de tir vertical: de 0° à +35°
- cadence: 4 coups/min



Artillerie cotière:Aspect
méconnu, l'artillerie cotière ne servira pas sur
les cotes durant la grande guerre, la maîtrise anglaise des mers
assurant la sécurité de nos côtes, mais sera
employé sur le
front, comme artillerie lourde.

Avant guerre la querelle sur l'artillerie lourde n'avait pas
pris fin, et c'est la guerre qui allait donner définitivement
raison à ses partisans. Les efforts d'avant guerre
avaient pourtant porté leur fruits, les usines avaient
d'excellentes
solutions prêtes à sortir d'usine dés que l'ordre
en serait donné, et la création d'une artillerie lourde
vraiment adaptée à la guerre moderne ne pris que quelques
mois, malgré tout notre retard en la matière (face aux
2000 canons lourds allemands, nous ne disposions en 1914 que de 320
pièces...). C'est toutefois seulement en 1917 que l'artillerie
lourde française égalera celle des allemands.
Sources: L'artillerie, ce qu'elle a été, ce qu'elle est, ce
qu'elle sera - général Herr - berger-levrault - 1923
Site association Fort Saint Eynard