LE CANON DE CAMPAGNE DE 75 - HISTORIQUE

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À la fin du XIX° siècle plusieurs progrés vont intervenir dans l'artillerie. D'une part les fusées à temps perfectionnées permettent de faire exploser l'obus sur sa trajectoire à une distance déterminée. Ensuite un nouveau procédé, le frettage, où l'on enfilait à chaud plusieurs tubes d'aciers les uns dans les autres, permettait de faire varier l'épaisseur du canon en fonction de la pression au départ du coup, trés épais au niveau de la chambre, moins à l'embouchure. Enfin, les nouvelles poudres sans fumées, permettant notamment l'augmentation de portée des tirs, ainsi que les nouveaux explosifs (mélinite) dont on bourrait les obus et qui avaient un effet particulièrement dévastateur. La plupart des grandes puissances vont alors adopter des canons plus petits, plus légers, plus puissants, plus maniables: l'artillerie de campagne était née. La France fût la première à se doter d'un canon de campagne à tir rapide, le 75.

D'une trés grande importance dans la stratégie française, notre armée possédait prés de 4000 pièces de 75 au début de la grande guerre, soit la presque totalité de l'artillerie de campagne.


Le canon de 75 fût l'invention du commandant Deport des ateliers de Puteaux. La plus grande difficulté technique fut la réalisation du frein de culasse qui permettait d'annuler le recul et d'éviter de repointer la pièce, ce qui en fait permettait le tir rapide. L'idée d'un tel frein germa dans l'esprit du général Mathieu en 1892, qui savait par ailleurs de source sûre qu'un tel frein avait été expérimenté par les allemands qui finalement avaient abandonné le projet. Le général Mathieu pensait au contraire que la mise au point d'un tel frein était possible et fournit à ce sujet des instructions trés précises au commandant Deport. 

L'étude du frein prit plusieurs années. Les premiers prototypes présentaient des fuites d'huile inacceptables pour un matériel destiné à faire campagne. En 1894 Deport étant parti en retraite, il est remplacé par le capitaine Sainte-Claire-Deville, avec le capitaine Rimailho comme adjoint. Finalement, aprés trois années d'études longues et laborieuses, un frein assez différent du frein initial de Deport fut mis au point et adopté en 1896. Sainte-Claire-Deville élabora aussi le canon dans son ensemble, en tenant compte de toutes les contraintes, manufacturières, tactiques, logistiques, etc. 

Pour tromper les espions allemands, on continua des études paralléles. On fit notamment croire au capitaine Ducros que son canon à affut rigide serait bientot choisi. Les allemands pour combler leur retard adoptérent en toute hâte leur canon rigide de 77 élaboré en 1896. La supercherie a fonctionné.

Le canon de 75 est officiellement adopté en 1897 et les premiers exemplaires livrés l'ont été en 1898. Le 75 sera présenté au public pour la première fois à l'occasion du 14 juillet 1899. 

Canon de 75 aux usines du creusot


Le nouveau canon français aux essais au camps de Châlons - supplément illustré du petit journal dimanche 14 novembre 1897


Faits d'armes: Les premiers faits d'armes ont lieu pour la première fois hors de métropole. Ils servent en premier lieu lors de la révolte de boxers en 1900. Les nations européennes envoient un corps expéditionnaire en chine pour mater la rébellion. Dix-huit mille soldats français sont envoyés avec trois batteries de 75. Les prouesses de ceux-ci étonnent le feld marchall Von Waldersee, commandant le corps expéditionnaire, qui s'empresse de prévenir son pays de l'étonnante efficacité de la nouvelle artillerie de campagne française. L'artillerie française se forge alors une renommée internationale.

Cela a pour résultat l'adoption du canon de 75 par la Serbie, la Bulgarie et la Grèce dans les années qui suivent, malgré une concurrence acharnée des grands fabricants européens d'armes lourdes. Le second coup d'éclat du canon de 75 eut ainsi lieu lors des guerres balkaniques. La première guerre balknique voit les 75 des nations européennes se battre contre les 77 des turcs. La turquie perd presque tous ses territoires européens. La seconde guerre balkanique voit les 75 se battre entre eux. 

La grande guerre voit l'abondante utilisation des 75 en France, on s'en servit aussi d'ailleurs comme canon anti-aérien. Durant sa longue carrière, il sera l'objet de nombreuses modifications. Durant l'entre deux guerre on le munit notamment de roues pneumatiques pour l'adapter à sa traction motorisée. Les derniers exemplaires ne seront retirés du service qu'à la fin de la guerre d'Algèrie. 

Batterie de 75 en action en 1918

Canon de 75 en batterie en 1918

Canon de 75 ayant participé à la bataille de Bir-Hakeim - Musée de l'armée - Paris:

Canon de 75 anti-aérien sur remorque - affût quadriflèche sur bandage pleins: efficace lors de sa réalisation vers la fin de la grande guerre, pour des avions volant jusqu'à 250 km/h et un plafond maximum de 5000m, il était encore en service en 1940, bien que devenu totalement inefficace. La durée de trajet du projectile, de 15 à 20 secondes, imposait des corrections de pointage excessives

Canon de 75 anti-aérien sur affût

Canon de 75 antiaérien en action en 1918:

Canon de 75 antiaérien en action en 1918


=> Le canon de campagne de 75 - Technique

Sources: Site Le canon de 75