LA LEGION ETRANGERE

<= L'armée française de l'été 14


Créée en 1831 par une ordonnance du roi Louis-Philippe et composée en majorité d'européens, ils permettaient de contourner l'interdiction d'engager des étrangers dans l'armée française. Au commencement, la Légion constitue un moyen très efficace pour retirer les éléments les plus « indésirables » de la société française du XIXème siècle. Dans ses rangs, se trouvent des meurtriers, des évadés, des mendiants, des criminels de droit commun mais surtout des immigrés non désirés, opposants au Régime. Les légionnaires ne peuvent servir qu'outre-mer, sauf si la métropole est envahie. ils sont rapidement envoyés en algérie, laquelle deviendra leur "patrie" jusqu'en 1962, avec Sidi-Bel-Abbés pour "capitale".

À l'origine le légionnaire est très mal formé, peu ou pas payé, et reçoit le plus sommaire en matière d'équipement, de vêtements et de nourriture. La motivation des hommes est alors au plus bas, car les raisons de rejoindre la Légion sont le plus souvent le désespoir et l'instinct de survie plutôt que le patriotisme. Les conditions de vie et de travail sont terribles et les premières campagnes provoquent de lourdes pertes. En conséquence, les désertions posent un problème important à la Légion. Forger une force de combat efficace à partir d'un groupe de soldats peu motivés, représente une entreprise des plus difficiles. Dans ce but, la Légion développe d'emblée une discipline stricte, dépassant de loin celle imposée à l'armée française régulière.

Les premiers faits d'armes de la légion sont bien sûr relatifs à la conquête de l'Algérie et sa mise en valeur. En 1834 les resortissants espagnols de cette première légion est envoyée combattre en Espagne alors en guerre civile, sous l'instigation d'Adolphe Thiers ministre de l'intérieur, afin d'aider Isabelle II contre les carlistes, partisan de son frére cadet Don Carlos. Ils ne font alors plus partie de l'armée française. En 1838 Isabelle II, en proie à des difficultés financière, dissout la légion étrangère, qui retourne en France.

En 1836 après le passage de la Légion étrangère dans les rangs de l'armée espagnole, Louis-Philippe décide de la création d'une nouvelle légion afin de renforcer les troupes françaises en Algèrie. Trois bataillons sont alors créés pour combler le vide laissé par les départs en Espagne. En 1840, deux autres, les 4eme et 5eme, sont formés avec les survivants de l'aventure espagnole, légionnaire ou carlistes. Ces bataillons viennent rapidement compléter le dispositif et renforcer les troupes françaises de l'armée d'Afrique.

La nouvelle légion participera aux campagnes de Crimée, d'Italie, du Mexique, et aux conquêtes coloniales, notamment l'expédition du Tonkin, le Dahomey, le Soudan, La guinée, Madagascar et à la pacification du Maroc.

Légalement, la légion n'aurait pas du participer à la guerre de 1870, d'autant plus qu'on ne pouvait pas demander aux légionnaires allemands de combattre leur ancienne patrie. La situation est cependant si critique que le gouvernement fait appel aux troupes d'Afrique et notamment des légionnaires, avec l'envoi de deux bataillons d'étrangers, mais sans les légionnaires allemands restés en Algérie. Un 5ème bataillon est créé sur le sol national pour incorporer les étrangers qui veulent servir leur patrie d'adoption.

La légion participa largement à la grande guerre.

Départs de Légionnaires pour le Maroc:


     

Compagnie montée de la légion s'apprêtant à quitter Sidi-bel-Abbés aux alentours de 1910: chaque mule était accompagnée de deux soldats qui se relayaient sur son dos toutes les heures. Ces patrouilles du désert pouvaient parcourir 60km par jour sous une chaleur écrasante. Les hommes partageaient leur ration d'eau avec leur mule et en dernière extrémité, mangeaient l'animal si leur survie en dépendait.

compagnie montée de la légion s'apprêtant à quitter Sidi-bel-Abbés

Fortin de Dou-Denib à la lisière du désert sud-marocain, aprés une attaque en septembre 1908:

fortin de Dou Senib tenu par la légion - 1908

Témoignage de Blaise Cendrars:

La Légion. Il en était question depuis notre départ de Paris...quand la chose devint effective, huit mois plus tard, quand le 3° de marche de la garnison de Paris (le "3° déménageur" l'appellions nous, car il avait servi de bouche-trou dans les plus sales coins du front du nord) fût dissous pour être versé au 1er étranger, la démoralisation fût générale, surtout parmi les volontaires venus des trois amériques, tellement le renom de la Légion était sinistre outre-Atlantique, et je connais plus d'un américain qui s'était vaillammment comporté jusque là, qui avait secrétement envi de déserter...Légion ou pas Légion. Personnellement cela ma laissait absolument indifférent. Je ne me paie pas de mots. Je m'étais engagé, et comme plusieurs fois déjà dans ma vie, j'étais prêt à aller jusqu'au bout de mon acte. Mais je ne savais pas que la Légion me ferait boire ce calice jusqu'à la lie et que cette lie me saoulerait, et que prenant une joie cynique à me déconsidérer et à m'avilir je finirais par m'affranchir de tout pour conquérir ma liberté d'homme. Être. Être un homme. Et découvrir la solitude. Voilà ce que je dois à la Légion et aux vieux lascars d'Afrique, soldats, sous-offs, officiers, qui vinrent nous encadrer et se méler à nous en camarades, des desperdos, les survivants de Dieu sait quelles épopées coloniales, mais qui étaient des hommes, tous. Et cela valait la peine de risquer la mort pour les rencontrer, ces damnés, qui sentaient la chiourne et portaient des tatouages. Aucun d'eux ne nous a jamais plaqués et chacun d'eux était prêt à payer de sa personne, pour rien, par gloriole, par ivrognerie, par défi, pour rigoler, pour en mettre un sacré coup, nom de Dieu, et que ça barde, et que ça bande, chacun ayant subi des avatars, un choc en retour, un coup de bambou, ou sous l'emprise de la drogue, du cafard ou de l'amour avait été rétrogradé une ou deux fois, tous étaient revenus de tout.
Pourtant Ils étaient durs et leur discipline était de fer. C'était des hommes de métier. Et le métier d'homme de guerre est une chose abominable et pleine de cicatrices, comme la poésie.
On en a ou on n'en a pas.
Il n'y a pas de triche car rien n'use davantage l'âme et marque de stigmates le visage (et secrétement le coeur) de l'homme et n'est plus vain que de tuer, que de recommencer.
Et vivat! c'est la vie...
- Blaise Cendrars - La main coupée - Pleine-de-soupe

Les compagnies méharistes sahariennes (Escadrons Blancs): Créées de fait dés 1884, puis officialisées en 1902, et composées en majorité d'indigènes, elles devaient controler le Sahara et jouèrent un grand role dans le contrôle français de ces territoires. Véritables sentinelles du désert, ces compagnies furent alors chargées de la pacification des zones touareg, de travaux topographiques, de la surveillance des caravanes et des pistes, de la surveillance des frontières, etc. Elles étaient montées sur cheval ou dromadaires (alias méharis), parfois équipées de véhicules adaptés au désert.

Le lieutenant Colonel Flatters (1832-1881) et le monument érigé en son souvenir à Ouargla - Le monde Moderne 1899

Lieutenant Colonel Flatters     Monument au colonel Flatters à Ouargla

50 ans aprés la conquête de l'Algèrie, le Sahara était en effet toujours une zone inconnue, et le massacre de la mission Flatters en 1881 arrêta pour quelques temps toutes tentatives. Une loi du 5 décembre 1894 porta création des troupes spéciales sahariennes comprenant un escadron de spahis sahariens sur méhari et une compagnie de tirailleurs sahariens. En 1889, le succès de la mission Foureau-Lamy devait redonner corps à l'idée d'une "Afrique française". Le capitaine Pein fut amené à occuper In Salah le 29 décembre 1899 et cette opération devait déclencher l'occupation et la soumission de toutes les oasis sahariennes. Il fallait maintenant soumettre les nomades et ce n'était pas chose aisée, nos colonnes n'ayant pas la mobilité nécessaire pour poursuivre ces pillards qui allaient prélever périodiquement de fortes dîmes dans les oasis. Le commandant François-henry Laperrine, saharien averti, réussit à faire adopter le remplacement des spahis et des tirailleurs sahariens par des unités nouvelles encadrées par des officiers des Affaires indigènes et composées de nomades sahariens recrutés sur place et tenus de pourvoir eux-mêmes à leur nourriture, à leur vêtement et à leur remonte. 

Ils furent officialisés par un décret de 1902 qui créa cinq compagnies méharistes, commandées par des officiers des affaires indigènes, et dépendant de la direction de l'infanterie. Quatre de ces compagnies étaient composées de fantasins montés et de méharistes (montés sur dromadaire ou méharis), la cinquième possédait des véhicules adaptés au désert. Ces compagnies peuvent être en configuration normale ou réduite. Elles se composent alors d'un peloton de commandement et de deux ou trois pelotons de méharistes pour effectif total de 142 ou 178 hommes.

Ces compagnies devaient avoir raison des Touaregs. Toutefois leurs actions se résument à une quantité de petites actions militaires qui se sont déroulées dans de vastes territoires, mais n'ont jamais donné lieu à une opération d'ensemble. Il s'agit de reconnaissances, de mesures de police, de quelques combats dont aucun ne met en ligne plus d'une centaines d'hommes, de part et d'autre.


Les uniformes des Compagnies Sahariennes étaient issus à la fois des traditions de la légion étrangère et de celles des premières unités méhariste: Képi blanc (noir pour les officiers et sous officier), vareuse de toile blanche, épaulettes "vert et rouge", sarouel noir ou blanc (selon l'unité), burnous en drap noir doublé de blanc (selon l'unité), ceinture bleue (portée sous le ceinturon et le baudrier), ceinturon et baudrier porte-cartouche formant un V sur la poitrine et dans le dos, nails (sandales)


Les bataillons d'infanterie légère d'Afrique (Bat d'Af, "zéphyrs" ou "joyeux"): Créés en 1832, quand une ordonnance royale autorisa la création de deux bataillons d'infanterie légère d'Afrique, chacun à huit compagnies, ces unités sont considérées comme disciplinaires, bien qu'elles ne le soient pas au sens strict, leur recrutement se composait notamment de gens condamnés dans le civil et de militaires sanctionnés aprés un passage en unités de diciplines. On y trouvait aussi des engagés volontaires. La discipline était nettement plus forte que dans les autres corps d'armée.

Plus que des unités disciplinaires, il s'agissait de corps d'épreuve, éprouvés par toutes les fatigues et toutes les misères des actions de guerre ou de pacification auxquelles on les soumettait. De ces longues et épuisantes colonnes dans le bled, les "bataillons" revenaient éreintés, les vêtements en lambeaux, pieds nus ou presque. Mais on les voyait passer la gouaille aux lèvres, joyeux dans ces haillons et les loustics de caserne les surnommèrent "zéphyrs à poils". Puis on les appela tout simplement "les joyeux" : des têtes à l'envers, des écervelés, mais comptant dans leurs rangs beaucoup de braves gens. Partout où ils sont allés, on a rendu justice à leur courage. Leur nom réglementaire est "chasseur des bataillons d'infanterie légère d'Afrique".

Ils fournissent un appoint non négligeable à l'armée d'Afrique. Ils participèrent aux opérations de pacifications en Algérie, au Maroc et au Tonkin. On les vit aussi à la guerre de 1870. Composés de cinq bataillons en 1914, ils participérent à la grande guerre grâce à la mise sur pieds de bataillons de marche.

Avant 1914 l'uniforme était sensiblement le même que celui de la Légion étrangère, avec la ceinture bleue et le col de la tunique jonquille. Les galons de laine étaient jonquille, le passepoil du képi également. L'insigne distinctif était le cor de chasse (au lieu de la grenade à sept branches). Les épaulettes avaient le corps rouge et les franges vertes. Les officiers, même uniforme que ceux de la Légion, avec boutons et galons d'argent, plumet vert comme aux chasseurs à pied. Ecussons de col du drap de fond et chiffres violets (pour la troupe). 

Sources: Photographies prises au musée de l'Empèri - Salon De Provence - Et au Musée de la cavalerie - Saumur
Les soldats des colonies - Chantal Antier-Renaud - Christian Le Corre - Ouest France - 2008
L'armée d'Afrique - Historama hors série n°10 - 1970